La FED change de tête : et les casse-têtes et les fed-ups changent-ils? …

Ben Bernanke. Je soupçonne que ce nom est totalement inconnu pour la majorité des Français, tout autant d’ailleurs que celui de son prédécesseur – Alan Greenspan – auquel il succéda à la tête de la Réserve fédérale américaine le 31 janvier 2006, et que Janet Yellen, qui prendra sa suite fin janvier 2014. Pour les milieux financiers, au contraire, il est certainement le personnage au monde le plus important, et pour cause : c’est lui qui décide de la politique monétaire des États-Unis ou, pour simplifier, de la quantité de dollars en circulation. Régulièrement classé par le magazine Forbes parmi les 10 premières personnalités les plus influentes de la planète, désigné homme de l’année en 2009 par Time Magazine, il aurait tout aussi bien pu revendiquer cet honneur en 2013, puisque avant lui jamais le patrimoine des « riches » n’avait atteint de tels sommets. L’indécence a aussi ses limites.

Petit retour en arrière. Nous sommes au cours de la première décennie de ce siècle. Bernanke est encore dans l’ombre d’Alan Greenspan. Ils ont, entre autres missions, la charge de veiller à la bonne santé du système bancaire américain. Leur réputation est au zénith. Pourtant, nous sommes en pleine folie des « subprimes », ces produits toxiques qui vont permettre aux banquiers d’encaisser des bonus faramineux tout en empilant des risques inconsidérés. Quelques financiers avisés et honnêtes – oui, ça existe – ont beau tirer la sonnette d’alarme, ils sont ignorés. Il ne faut surtout pas tuer la poule aux œufs d’or. La suite, vous la connaissez.

À l’automne 2008, Bernanke, devenu gouverneur, n’a plus qu’à sortir le gros bazooka ; en l’occurrence, faire marcher la planche à billets : plus de 3 000 milliards de dollars en 5 ans, soit 20 % du PIB des États-Unis. Pour certains, son bilan est positif, il a réussi à éviter l’apocalypse. Pour d’autres, dont je suis, il ne fait que retarder l’échéance. Les dollars coulent à flots, mais plutôt que d’entraîner le moteur de l’économie réelle, ils s’accumulent dans une bulle financière gigantesque. Pire, la Fed est aujourd’hui dans une impasse. Si elle ferme brutalement le robinet, une nouvelle crise est certaine, plus terrible encore que celle de 2008. A contrario, si elle continue d’accumuler dans son bilan du papier obligataire, la moindre remontée des taux pourrait lui être fatale, ce qui aurait pour effet un effondrement total du dollar. Pour nous Français, cela signifie le choix entre un CAC 40 en dessous de 2 000 ou l’euro au-dessus de 1,60 dollar et, dans un cas comme dans l’autre, un ou deux millions de chômeurs supplémentaires.

Cette patate brûlante va donc maintenant passer dans les mains d’une femme, Janet Yellen. Comme Bernanke, comme Greenspan, elle arrive précédée d’une excellente réputation, ce qui en langage décodé signifie que pour elle, comme pour tous ses prédécesseurs, Wall Street passe avant « main street ». Nous verrons.

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